Google en Chine : une histoire faite de haut et surtout de bas ! (3/3)

Publié le par wangyoann

Troisième période : février 2002 – 2009 (3/3)

                Le 25 janvier 2006, Google « fatigué » par l’impossibilité de travailler de manière indépendante sur le marché chinois, décida d’abandonner ses « principes » pour se conformer ainsi aux exigences du gouvernement chinois, et lança dans le même temps son moteur destiné au public chinois : google.cn (alors qu’auparavant les recherches se faisaient sur le site : google.com). La coopération de Google avec le gouvernement chinois date donc de janvier 2006, cela veut dire que pendant près de 4 ans, cette société américaine s’est en quelque sorte opposée (ou plutôt à résister) à un gouvernement dictatorial ; y a-t-il d’autres sociétés dans le monde qui aient résisté aussi longtemps à ce gouvernement chinois ? Si les sociétés occidentales avaient été aussi fermes avec le gouvernement chinois, peut-être que cela aurait changé quelque chose concernant l’approche du gouvernement chinois sur l’internet ! Mais nous savons tous que toutes les sociétés étrangères préfèrent lécher les bottes des dirigeants chinois pour s’installer sur ce marché « gigantesque », en mettant dès le début leur morale au placard ! Donc, nous disons : Chapeau Google ; mais aussi quel dommage que d’autres entreprises occidentales n’aient pas rejoint à ce moment-là la multinationale américaine !! (1)

                La politique et la conduite de Google lui ont porté préjudice en Chine, car en 2002, les personnes utilisant son moteur de recherche représentaient 67 %, alors qu’il n’est plus actuellement que d’environ 30 % !!

                La période 2002-2009, est la période qui a vu l’explosion du développement de l’internet en Chine : salle informatique (网吧), essor chez les particuliers, etc. ; mais aussi la croissance dans le même temps d’outils de contrôle de ce moyen d’information de plus en plus perfectionné : reconnaissance de caractères-mots interdits, logiciels permettant d’analyser le contenu de textes, surtout les moyens humains (armée, police, services secrets, etc.) mis en place par le gouvernement chinois pour filtrer les forums de discussion ; les logiciels qui permettent de discuter en ligne, QQ, MSN, Wangwang, Skype, etc. sont eux aussi (bien sûr) filtrer, et lorsqu’un mot « interdit » est repéré par le logiciel de contrôle, il vous est impossible d’envoyer votre message (il existe toutefois quelques parades, comme ajouter des signes de ponctuation par exemple pour séparer les caractères écrits, mais la technologie s’améliorant chaque jour, qu’en sera-t-il dans quelques années) !

                Cependant, l’émergence d’internet comprend un volet positif pour les Chinois, il leur permet d’exprimer leurs problèmes, difficultés, injustices dont ils sont victimes. On l’observe régulièrement aux informations télévisées chinoises : cas de corruption (dénoncés dans des textes publiés sur internet par exemple), cas de maltraitances, de trafics humains, etc. Les médias jouent un rôle fondamental dans la propagation de l’information, informations provenant parfois de blogs (et quelquefois aux journaux) de simples citoyens ; exemple de scandales qui explosa grâce à internet : le SRAS !

                Depuis 2002, quelques logicielles permettent de s’affranchir pendant un certain laps de temps des barrières du gouvernement chinois, le plus connu étant « 自由门 » (la porte de la liberté). Toutefois, le gouvernement chinois réussi très rapidement a bloqué ces « passerelles de la liberté », et en profite pour renforcer davantage le pouvoir de ses logicielles de contrôle. D’autres applications ont été un défi pour le gouvernement chinois sur son contrôle de la censure du contenu du Net, des applications telles que BBS (forum internet), puis plus récemment par les réseaux P2P (Peer 2 peer).

 

L’année 2009 :

                L’année 2009 commença du « feu de dieu », puisqu’au début février 2009 survint dans les nouveaux locaux du bâtiment de la télévision centrale (CCTV) un grand incendie ! De nombreux Chinois filmèrent l’incendie et l’ont retransmis directement sur les sites internet chinois, ce qui attira l’attention de nombreux médias étrangers, et mit sur le devant de la scène un nouvel outil de communication de « microblogging » peu populaire auparavant en Chine, Twitter ! Il n’y pas besoin d’ajouter que le site de Twitter est complètement inaccessible en Chine aujourd’hui (nous avons réessayé il y a quelques instants). Le nombre d’internautes chinois augmente chaque année pour atteindre le nombre de 350 à 400 millions de personnes connectées à la fin 2009 ! Le seul moyen encore efficace pour contourner la censure en Chine est d’utiliser le logiciel The Onion Router (TOR) [pour cela il faut savoir comment l’utiliser, ce qui n’est pas notre cas !].

                Comment le gouvernement chinois a-t-il pu en aussi peu de temps bâtir des murailles aussi puissantes sur ses propres réseaux ? La réponse est : grâce aux sociétés occidentales, elles ont cru qu’en coopérant avec le gouvernement chinois elles pourraient s’implanter en Chine et profiter de leur proximité pour obtenir un gros morceau du gâteau de l’internet chinois ! Or, même si les entreprises étrangères ont bien coopéré avec le gouvernement chinois, celui-ci une fois accaparé la technologie de ces sociétés, leur ont dit avec un sourire narquois « Bye Bye » ; pour preuve, aucune multinationale étrangère en informatique n’a vraiment une place dominante sur le marché chinois (même Microsoft n’a pas une place de leader en Chine, pour la bonne raison que les copies ont envahi tout le marché chinois, quand on achète un ordinateur en Chine, très souvent le système Windows est une vulgaire copie !!). Les coupables sont donc AOL, Netscape, Sun Microsystems, Nortel, iCognito (société israélienne), etc. Les dirigeants de ces sociétés peuvent s’en mordre les doigts, car bientôt, ce seront les multinationales (créées et dirigées par le gouvernement chinois) qui viendront racheter les entreprises informatiques américaines dans quelques années : à l’instar de Lenovo (déjà connu aux États-Unis et en Europe), TCL, etc.

Les fermetures de sites internet et des salles informatiques, le contrôle de plus en plus autoritaire du net chinois l’année dernière, etc., ne présagent rien de bon pour les libertés individuelles en Chine pour les prochaines années ! Il faut donc s’attendre à un contrôle encore plus strict du gouvernement chinois sur sa population, mais jusqu’à quel point le peuple se résoudra à obéir à cette clique de nanti, de profiteurs du parti ? Malheureusement, plus le temps passe plus le retour de bâton sera violent !

 

(1) On assiste à un lamentable spectacle des autres multinationales occidentales de recherche en ligne, en particulier de la société Yahoo qui a annoncé son rapprochement, aussitôt après la brouille entre Google et le gouvernement chinois, avec Baidu, le site de recherches en ligne piloté par le gouvernement chinois ! Ça se passe de commentaires !

 

Source : 凤凰周刊, mi-janvier 2010.

Wangyoann.

 

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