L’immobilier chinois prend en otage son économie !

Publié le par wangyoann

Une « bubulle » grandissante :

     La bulle immobilière qui se forme en Chine n’est pas nouvelle, cela fait déjà quelques années qu’elle est en « marche ». Une enquête récente sur les grandes villes de Chine comme Pékin, Shanghai et Shenzhen montre que le taux d’inoccupation d’appartement a « allègrement franchi le seuil international » des 10 %. Dans de nombreuses régions ce taux atteindrait les 50 %, voire davantage ! Dans le même temps, l’immobilier est devenu en Chine un secteur qui pèse de plus en plus : 6 % du P.I.B. chinois (peut-être même davantage), ¼ des investissements se font dans l’immobilier !

     La crise économique, dont les effets se font encore sentir en Chine aujourd’hui, a mis à mal le budget de l’État chinois. Le plan de relance conséquent lancé par les autorités chinoises pour faire face aux effets destructeurs de la crise, a principalement bénéficié au secteur immobilier, ce qui faire dire au journaliste You Cejie (auteur de l’article) que c’est bien l’immobilier qui prend en otage l’économie chinoise.

 

Une « bubulle » très méchante :

     Face aux deux problèmes évoqués ci-dessus, bulle immobilière et taux d’inoccupation très élevé, la réalité pour la grande majorité du peuple chinois est relativement simple, en raison de l’envolée des prix des appartements, près de 85 % des Chinois seraient dans l’incapacité financière d’acquérir un logement ! Cette situation de tension extrême sur le marché de l’immobilier inquiète de nombreuses familles. Car la tradition en Chine veut que ce soit la famille du mari (les parents) qui offre un nouveau logement pour les nouveaux mariés. On comprend donc pourquoi les familles sont effrayées par les prix actuels des logements. Même si ces familles peuvent emprunter de l’argent (les conditions toutefois viennent d’être durcies pour l’achat d’un second appartement, car il faut maintenant être capable d’apporter près de 40 % de la valeur du bien à acheter), elles doivent s’endetter fortement, et les salaires sont trop faibles pour rembourser sous des conditions acceptables les dettes contractées ! Cercle vicieux qui coutera extraordinaire cher lorsque la bulle immobilière chinoise éclatera.

 

Causes de la « bubulle » :

     La première raison expliquant la formation de cette « bubulle » est l’attitude, la manière dont les dirigeants chinois perçoivent le secteur immobilier, et la réponse est plutôt claire, ils ne perçoivent ce secteur que comme une « partie de la politique économique [du pays], et non comme une partie d’une politique sociétale [tournée vers la société] ». Mais les politiques chinois négligent la fonction sociétale que recouvre la possession d’un appartement, où la possibilité de s’en acheter un ! Car l’optique des dirigeants chinois est exclusivement braquée sur la croissance du P.I.B., puisque l’immobilier a pris une partie importante dans les statistiques, l’État chinois n’a donc aucun intérêt à ce que son parc immobilier diminue en valeur (sauf si le gouvernement voulait en diminuer sa valeur !!). De plus, les sociétés chinoises (immobilières ou d’investissement) anticipent une augmentation future des biens immobiliers, ils achètent donc le peu de terre mis en vente par les autorités chinoises à des prix très élevés, ce qui augmente d’autant plus le prix des futures constructions ! Car le budget de certaines collectivités dépend à 60 ou 70 % de la vente de terrain (voici ce qui peut-être explique cela !) ! Enfin, les personnes qui souhaitent (ou qui ont besoin) d’acheter un appartement n’ont plus qu’à se résoudre soit à attendre une baisse des prix, soit à emprunter beaucoup d’argent (sur une période très longue et/ou les remboursements mensuels sont des fardeaux insupportables) pour un bien qui est souvent de piètre qualité ! Car ici en Chine (et ailleurs), on ne parle presque jamais de la qualité des constructions qui sont pourtant dans leur majorité de très moyenne qualité : matériaux très moyens (ils se dégradent très vite), savoir limité, grande rapidité de construction, etc.

 

Gagnants de la « bubulle »      

     Le gouvernement chinois encourage cette spirale infernale, car il ne fait rien pour endiguer cette spéculation sur les prix. À qui appartiennent ces grandes sociétés de construction immobilière ? À de hauts dirigeants de la clique du Parti. Les intérêts de ces « patrons » sont donc parfaitement compréhensibles : plus les prix de l’immobilier sont élevés, plus ils peuvent s’en mettre plein les poches. Plus ils peuvent s’en mettre plein les poches, plus ils peuvent arroser les responsables politiques des différents bureaux liés à l’immobilier (ou en direction d’autres bureaux si besoin), et par conséquent, plus ils ont la possibilité d’obtenir des autorisations de construction ! Et la boucle est bouclée ! Le tout bien évidemment dans une opacité la plus totale !!!

     La Chine s’est lancée, depuis quelques années, dans une unique quête : la quête du roi ARGENT, MONNAIE, OSEILLE, POGNON… ( qian [argent] en chinois), par tous les moyens, nous ajoutons, surtout pas des moyens de voyous, puisque les seuls moyens pour parvenir à gagner beaucoup d’argent en Chine sont les suivants : corruption, tricherie et compagnie !! Les entreprises dites « privées » (d’une certaine taille, il va sans dire qu’une petite boutique de vêtements n’a pas à priori à corrompre tel ou tel responsable ; il s’agit donc dans notre esprit d’entreprises de taille moyenne ou grande !) en Chine sont également tenues d’appliquer les « consignes de corruption », sinon les autorisations de vente, de production, d’implantation, etc., ne peuvent se faire qu’aux prix d’efforts surhumains et dans des délais impossibles à définir !

     Qui dans ce système injuste et inégalitaire à tout intérêt à ce qu’il n’y ait pas de changements ? La clique du Parti Communiste Chinois, bien sûr !!

 

Source : 凤凰周刊, mi-janvier 2010.

Wangyoann.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article