Les « démolitions-relogements » : un casse-tête chinois ! (1/3)

Publié le par wangyoann

« démolitions-relogements » : sens et petite histoire :

                Depuis près de deux ans, les « démolitions-relogements » font l’objet de nombreuses plaintes dans les tribunaux chinois. Que signifie ce terme « démolition-reclassement » (拆迁 en chinois), tout simplement que le propriétaire d’une maison ou d’un appartement, n’a pas d’autre choix que de vendre son bien et déménager dans un autre logement. Les prix offerts pour l’achat du bien étant bien souvent très inférieurs aux prix du marché, leurs habitants refusent donc, de plus en plus, de quitter leur bien. Lorsque tous les biens (d’un quartier, d’un immeuble, etc.) ont été « achetés », l’entreprise chargée de la reconstruction fait détruire les anciens logements pour construire à la place soit de nouveaux logements, soit des centres commerciaux, etc. L’intérêt pour l’entreprise immobilière est de vendre ces nouveaux logements à des prix beaucoup plus élevés, et ramasser ainsi un maximum d’argent.

                Il y a 10 ans, les petits propriétaires de logements « miséreux » accueillaient à bras ouverts les entreprises chargées de la reconstruction. Aujourd’hui, la donne est différente, et les personnes surnommées « 钉子户 » (habitants refusant de quitter son logement) sont de plus en plus téméraires dans leur refus de quitter leur logement, alors qu’ils étaient extrêmement rares à s’y opposer dix ans auparavant ! Mais ce qui a changé pendant ces dix dernières années, c’est la médiatisation de ces situations exceptionnelles, souvent douloureuses, qui provoque une certaine compassion dans la population, car les entreprises chargées de la reconstruction utilisent bien souvent la violence pour arriver le plus vite possible à leur fin, et renforce d’autant la volonté et la couverture médiatique de ces « affaires » immobilières !

                Si tous les propriétaires de maisons ou d’appartements refusaient de vendre leur bien, comment la Chine aurait pu se développer ces dernières années, se demanderont les uns ? C’est une question difficile à résoudre, les intérêts des uns ne concordant pas toujours avec les intérêts des autres. Mais le développement économique ne peut pas se faire au détriment des intérêts des petits propriétaires, surtout lorsque ceux-ci ne peuvent pas se défendre, où défendre leurs droits devant un tribunal, répondront les autres !

                On constate donc, depuis quelques années, une « extrêmisation » des positions des deux côtés : des entreprises qui offrent des prix bien souvent en dessous du marché, privant les anciens propriétaires de la possibilité de retrouver un logement décent ! Et d’un autre côté des propriétaires qui refusent coute que coute de quitter leur logement malgré les menaces, les contraintes imposées (coupures d’eau, d’électricité, etc.) ou les offres parfois réévaluées des promoteurs (obligés d’agir ainsi sous le feu des médias).

                Ces pratiques de « démolitions-relogements » ne sont pas nouvelles en Chine, déjà dans les années 1950 (sous Mao), ces pratiques étaient courantes. La signification pour une famille, en droit d’être relogé, à cette époque-là, n’avait pas la même teneur qu’aujourd’hui ! À l’époque, être relogé signifiait qu’on quittait son logement miséreux pour un autre logement plus moderne. Les familles témoignaient donc, envers le gouvernement chinois, une certaine reconnaissance dans l’amélioration de leur sort. La grande coupure historique est donc le passage à l’ouverture des réformes de la fin des années 1970. Auparavant, les « démolitions-relogements » étaient fréquentes, mais ne touchaient pas à l’aspect économique. Aujourd’hui, c’est tout le contraire, l’économique est au premier plan pour les entreprises et les gouvernements locaux, alors que ceux qui refusent de partir appartiennent, pour les plus obstinés d’entre eux, à l’ancienne génération : celle où les dédommagements financiers ne pèsent pas bien lourd, au regard de la conservation de leur logement. D’où les conflits, les altercations entre les deux « acteurs » du marché de l’immobilier : propriétaires et promoteurs.

 

Wangyoann.

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