Les « démolitions-relogements » : un casse-tête chinois ! (3/3)

Publié le par wangyoann

Les dirigeants du parti sont eux-mêmes victimes de ces pratiques !

                Au début de l’année 2010, une drôle d’affaire secoua la ville de Wuhu dans l’Anhui (province à côté de Shanghai et de la province du Jiangsu). Le tribunal de la ville doit rendre prochainement une décision de justice sur des « démolitions-relogements », mais la particularité de ce procès repose sur l’identité des personnes impliquées dans cette procédure. Elles sont en tout 24, dont 16 personnes qui travaillent encore au tribunal du district Jinghu de la ville de Wuhu (ce sont ces mêmes personnes qui sont au cœur de la procédure judiciaire), 7 sont des juges retraités ou des policiers retraités (du même tribunal), et enfin la dernière personne est l’ancien secrétaire adjoint du parti du district de Jinghu !! Tout ce beau monde s’est donc retrouvé, début 2010, au tribunal populaire de la ville, car ils sont tous menacés d’expulsion !!

                L’affaire commence en juin 2009, lorsque 60 propriétaires d’appartement du numéro 60 de la rue de la culture (ça ne s’invente pas !) de la ville de Wuhu (lieu qui se trouve à moins de 300 mètres du lieu de travail des propriétaires menacés d’expulsion : le tribunal du district), reçoivent une lettre d’une société de « démolitions-relogements ». Leur immeuble a été construit en 1998, et ne souffre d’aucun problème de construction ! Les propriétaires ont été sommés de choisir une des deux solutions proposées par l’entreprise de démolition : obtention d’un dédommagement de 4100 yuan/m², ou « détruire » leur titre de propriété en échange d’un nouvel appartement totalement excentré du centre-ville et de leur lieu de travail. Les « juristes » (surnom des personnes menacées d’expulsion, car la plupart d’entre elles travaillent au tribunal du district) allèrent donc se renseigner, d’abord sur les prix pratiqués dans l’immobilier, ensuite sur les appartements « offerts » par la société de démolition. Surprises, les « juristes » s’aperçurent que les maisons, à deux pas de chez eux, était cotées à 5600 yuan/m², et que le quartier où les logements étaient proposés ne se présentait encore que sous l’aspect d’un terrain vague !! Le plus étrange est qu’à l’origine leur immeuble ne devait pas être rasé, mais un fonctionnaire de la ville décida que le programme immobilier ne couvrait qu’une trop faible surface et ajouta donc l’immeuble des « juristes » ! Leur enquête leur permis également de constater plusieurs irrégularités dans la procédure. Tout d’abord « une autorisation de démolition ne peut être prise qu’au niveau des autorités municipales ou du district par le département de gestion de démolition des logements du gouvernement populaire [alors que la décision prise pour détruire l’immeuble des « juristes », l’a été par le « comité de construction du district de Jinghu] ». Ensuite, « depuis le 1er janvier 2009, une nouvelle loi incite fortement les propriétaires et les promoteurs, non plus à détruire des bâtiments en cas de problèmes de qualité, mais de renforcer leur structure, afin que les bâtiments puissent « vivre » le plus longtemps possible » (l’immeuble des « juristes » n’a que 11 ans, et il est en excellent état !). Grâce à la mobilisation des habitants de l’immeuble, dont les personnalités sont quelque peu inhabituelles dans ce type de procédure, la décision de « « démolitions-relogements » est suspendue au jugement du tribunal du district de Jinghu, là où travaillent les « juristes » en procès, décision qui devrait être prise d’ici quelques semaines, voire quelques mois.

 

Sources : 凤凰周刊, 搜狐 et 新世纪周刊

Wangyoann.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article