Mise à l'écart du ministre de l'éducation chinois.

Publié le par wangyoann

     La mise à l'écart du ministre chinois de l'éducation, Zhou Ji 周济, s'est déroulé dans une relative discrétion à la fin octobre de cette année. Il est remplacé dans cette fonction par Yuan Guiren 袁贵仁. En fonction à ce poste pendant plus de 7 ans, Zhou Ji a été "démis" de ses fonctions fin octobre. Plusieurs raisons ont été avancées, tout d'abord le mauvais résultat qu'il a obtenu en mars 2008 lors de "l'élection" de remplacement du gouvernement central ; il n'a "obtenu" que 84 % de voix positives, le plus mauvais score parmi les ministres; il a même été surnommé, après ce vote, le "roi du vote d'opposition" (反对票王)! Deuxièmement, et peut-être la raison la plus importante, concerne les mauvaises relations qu'il entretenait avec le premier ministre chinois Wen Jiabao. Cette « disgrâce » fut particulièrement claire à travers la remarque du premier ministre chinois Wen Jiabao, le 4 septembre de cette année, lors de sa visite dans un collège de Pékin (il assista à 5 cours en tant qu'auditeur), où en guise de réponse à la question : "pourquoi nos écoles aujourd'hui sont-elles incapables de former des gens de talent?", il répondit en soupirant: "notre système éducatif n'est pas adapté aux exigences de développement de la société"; il faut voir là une critique à peine voilée de ce ministre en poste depuis plus de 7 ans, sans pour autant que des améliorations ait été apportée au système éducatif!

      Par ailleurs, des chiffres publiés récemment montrent une forte diminution des étudiants d'origine modeste pouvant accéder aux grandes écoles chinoises: Université de Pékin, Université Qinghua (à Pékin également), etc., et même difficultés pour ces étudiants à accéder aux Universités agricoles. D'après ces résultats, moins de 20 % des élèves de l'Université de Pékin ou Qinghua ont une origine modeste. Pour ce qui est des Universités agricoles (les étudiants sont formés à la l’utilisation de nouveaux produits agricoles, aux nouveaux engins agricoles, à l’amélioration de la production…), la baisse est spectaculaire, puisque les étudiants d’origine modeste étaient 39 % environ en 2001, nombre qui est passé à 30 % en 2007. Loin des objectifs du gouvernement !

     Enfin de nombreux chefs d'entreprises se plaignent d'un niveau de plus en plus faible des diplômés qu'ils recrutent dans leur société, l'un d'entre eux dit même que : "les titulaires d'un doctorat ont un niveau inférieur à ceux qui obtenaient un master il y a 5 ans; ceux qui obtiennent un master ont un niveau inférieur à ceux obtenaient une licence il y a 10 ans". Puis l'ancien directeur de l'Université de Wuhan, Liu Daoyu, d’enfoncer le clou en concluant : "aujourd'hui le système éducatif chinois n'élimine aucun doctorant [c'est-à-dire qu'une fois admis en doctorat, la totalité d'entre eux obtiendra son diplôme], fonctionnaire et commerçant [ou "businessman", qui ont obtenu leur MBA, EMBA, etc., enfin toutes les nouvelles formations  liées à l’économie, où il est très facile de suivre un cursus jusqu’au MBA, à la seule condition d’avoir de l’ARGENT !!; ces élèves peuvent ensuite passer un doctorat] obtiennent leur doctorat en n'ayant suivi aucun cours; dans 20 ans, ces doctorats obtenus sans en être qualifiés donneront davantage d'étudiants, de doctorants et de chercheurs, plus médiocres". Nous ne parlons même pas de la corruption que toute cette compétition aux diplômes engendre en Chine, puisque ce problème est aussi immense que la taille du pays.

 

(Source: 凤凰周刊, fin novembre début décembre 2009)

 

Wangyoann

Commenter cet article