Pourquoi les hauts fonctionnaires chinois sont-ils détestés en Chine ? (2/2)

Publié le par wangyoann

Quelques exemples de « résurrection » :

                L’ancien secrétaire du district de Weng’an de la province du Guizhou, Wang Qin, a été limogé de son poste suite à l’affaire surnommée « l’affaire Weng’an » (en bref, il s'agit de la mort d’une adolescente de 16 ans, en juin 2008, qui provoqua une flambée de violence dans la ville. Violences dont l’origine est due aux conclusions hasardeuses fournies par les autorités locales sur les conditions de la mort de l'adolescente), a été muté à Qiannanzhou, où il est maintenant responsable adjoint du bureau des finances de la ville ! On remercie un incompétent en le mutant à un poste plus important !!

                Le second exemple est un peu plus cocasse, car cette fois-ci c’est l’ancien responsable du bureau des chemins de fer de la ville de Jinan qui en raison du déraillement d’un train de la ligne Jiaozhou-Jinan (déraillement qui provoqua la mort de 71 personnes [oui, oui, vous lisez bien comme nous : 71 morts !!]) a été remplacé à ce poste ; figurez-vous que ce responsable des chemins de fer a été muté, tenez-vous bien, pour devenir « inspecteur général de la sécurité des chemins de fer chinois » !!! Cela se passe de commentaires !

                Enfin, le troisième et dernier exemple que nous avons choisi est celui d’un fonctionnaire, à la morale plus que douteuse (« morale » est un mot en voie de disparition en Chine), puisqu’après le tremblement de terre dévastateur dans le Sichuan en 2008, le responsable du bureau du commerce de la ville de Binzhou (dans la province du Shandong), s’est offert un joli voyage aux frais du contribuable chinois, alors qu’avait été décrété, quelque temps auparavant, plusieurs jours de deuil national à la mémoire des victimes du drame ! Ce fonctionnaire "sensible" a été limogé puis muté au poste de responsable du bureau du commerce de la ville de Weihai !!

                Nous pourrions multiplier les exemples de ce genre tant ceux-ci ne manquent pas !!

 

Sanctions différentes suivant les fonctionnaires !

                La mise en cause de la responsabilité des fonctionnaires chinois peut être divisée en deux catégories. La première catégorie concerne la responsabilité « politique », tandis que la seconde responsabilité s'appuie, elle, sur une responsabilité « pénale » ! Le premier type de responsabilité porte en quelque sorte sur l'aspect "morale", « ce sont toutes les responsabilités, exigences morales qui incombent aux fonctionnaires dans l’exercice du pouvoir » (responsabilités des plus abstraites !). Alors que le second type de responsabilité porte sur la question de la « transgression de la loi » !

                Lorsqu’un fonctionnaire chinois est poursuivi, c’est normalement l'"organe de gestion des cadres et des hauts dirigeants du parti" qui enquête et juge l’affaire. Mais en Chine, cet organe n’est bien évidemment pas indépendant, car tous ses membres appartiennent à la clique du Parti ! Vous imaginez un peu le travail de cet organe, ils doivent sanctionner des fonctionnaires comme eux, qui ont parfois une position dans le parti plus élevée que la leur ! On ne vous explique pas les retours de bâtons que cela peut provoquer (sachant en plus que les fonctionnaires sanctionnés « ressuscitent » au bout de quelques années, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut).  

 Étant donné que tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’une minorité, il n’existe pas réellement de différence (dans la pratique) entre ces deux types de responsabilité (les sanctions sont ainsi prises par les plus hauts dirigeants de l'État pour les affaires les plus retentissantes). Enfin, le système politique chinois est d’une telle opacité, que les connivences sont présentes à tous les étages de la hiérarchie administrative, judiciaire, policière et politique chinoise ! Dans ces conditions, comment les uns peuvent-ils juger les autres en toute indépendance et en toute honnêteté si ceux qui ont été sanctionnés peuvent retrouver les sommets de la hiérarchie (qui dit sommet de la hiérarchie, dit possibilité de rendre les coups pris…). Comment ce système injuste, inégalitaire au plus haut point ne pourrait-il pas favoriser « copinage, réseau d’influence mafieux, corruption et compagnies » ? Car, n’oublions pas que les promotions (ou simplement parfois la conservation de son poste !) dans l’administration en Chine ne sont possibles que si vous entretenez votre réseau (inutile de rappeler que la protection du travail est inexistante !), or, quels sont les moyens pour l’entretenir ? Enveloppe rouge (红包), rendre des services… Autant de pratiques inacceptables qui peuvent être mises en place dans un système politique, administratif obscur comme celui de la Chine  !!!

                 Par conséquent, comment ces hommes (car la plupart des politiques en Chine sont des hommes) pourraient inspirer la moindre opinion favorable à l’homme de la rue, quand on voit les magouilles, les comportements mafieux auxquels se livrent ces fonctionnaires (et le train de vie honteux qui va avec) ! Donc, lorsque ces fonctionnaires « ressurgissent » après avoir été évincés de la scène politique, administrative ou financière (c’est du pareil au même), les Chinois ne voient ces gens-là que comme des « pourris, des vendus, des ordures… »; qui pourrait les blâmer ? Mais ce fatalisme teinté d’exaspération à lui aussi une limite ! Le nettoyage au Kärcher (cher à notre président) ne suffirait pas en Chine, il pourrait en faire tout de même la promotion aux dirigeants chinois, ça ne pourrait pas faire de mal !!!

 

Source : 新世纪周刊

Wangyoann

 

 

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