Pourquoi les Chinois se sont-ils enflammés pour la série Woju 蜗居 ? (2/2)

Publié le par wangyoann

                Le destin de Madame Song est ainsi caractéristique du délitement de la société chinoise. Mariée à cet homme politique influent du parti pendant plus de vingt ans, elle a tout sacrifié pour lui (et pour leur fille), son travail, sa vie personnelle ; mais patatras, elle se retrouve trahie dans la dernière partie de leur vie commune : c'est-à-dire le moment où les enfants sont grands, où le couple peut ainsi se retrouver tous les deux ! Bien exprimé en chinois dans la série, nous ne résistons pas à vous proposer la phrase originale :

« 你辛辛苦苦培养大的西瓜,眼看着熟了吧,却让别人给收了 » (tu élèves péniblement une pastèque [image figurée de Song Siming], et une fois mûre [c'est-à-dire, une fois qu’il a réussi], c’est quelqu’un d’autre qui te la prends !).

                Image simple, mais oh combien efficace, puisque de nombreuses femmes chinoises doivent affronter ce type de comportements humiliants et immoraux de la part de leur mari ! C’est ce destin brisé, d’une femme « trahie » par son mari, qui a fait le succès de cette série auprès du public féminin, car les hommes qui réussissent en Chine ont bien souvent un comportement similaire !!! Les Chinoises se sont donc identifiées à ce personnage de la série, « effondrée et essuyant ses larmes lorsqu’elle apprend que son mari a une maîtresse », elle doit néanmoins tenir ! Le divorce est évoqué, mais en Chine ce terme est synonyme d’échec (il est donc peu évoqué, peu de couples, par conséquent, divorcent [même si de nos jours ce phénomène gagne « des parts de marché » !!]) ; madame Song et les autres femmes chinoises n’ont donc que pour seule possibilité : le silence, puis, subir cet affront en dissimulant leurs douleurs (et pour les plus téméraires, demander le divorce).

 

Liens avec la société moderne chinoise :

                Cette série, relativement anodine au premier abord, soulève de nombreuses questions de société : rapports des fonctionnaires communistes avec les entrepreneurs et les mafias locales ; problème de logement ; problème d’insertion professionnelle, car les deux sœurs de la série sont supposées être diplômées d’une grande Université de la ville ; comportement volage des hommes ; des conditions de travail pénible et un salaire misérable, etc. En bref, la société chinoise dans toute sa complexité, ses injustices, ses inégalités, ses douleurs, ses épreuves !!

                Inutile de vous dire que la série a été « charcutée » à au moins deux reprises. Une première fois avant sa diffusion à la télévision, dans le rôle de Jack l'Éventreur : le « département de la censure des médias », département dont le scalpel est bien souvent efficace, puis, devant le succès de la série et le côté « mimétique » de la société chinoise (en particulier la vision trop négative des cadres du parti), de nouveaux coups de scalpel furent lancés sans vergogne !

                Si avec tous ces ingrédients la mayonnaise n’avait pas pris, qu’aurait-il fallu ajouter pour qu’une série chinoise eût connu le succès !!

 

(P.S. : la série woju 蜗居 est tirée du livre éponyme, l’auteur a pour nom Liu Liu 六六, ouvrage publié en 2006)

 

Sources :  花花网 (huahua wang) et ISDIGG (ishuo.cn)

Wangyoann

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Jeremy 07/04/2010 07:43


Très bonne synthèse de 蜗居, les jeunes femmes Chinoises ressemblent de plus en plus à Haizao, il suffit de voyager en Chine pour s'en apercevoir...

Peut-être moins en ligne avec vôtre blog, ma femme et moi avons aussi beaucoup aimé une autre série TV qui se nomme 春桃的战争.


wangyoann 08/04/2010 09:07



Bonjour Jeremy,


 


Pour être franc avec vous, nous ne connaissons pas du tout la série 春桃的战争. En ce moment de nombreuses séries chinoises rencontrent un grand succès auprès du public chinois, nous rédigerons donc
prochainement un petit texte sur les séries à succès en Chine depuis ces 3-4 derniers mois.


 


Cordialement,


Wangyoann